LE SAINT SUAIRE À NICE
Lorsqu'en 1536, le Duc de Savoie, Charles III , se vit forcé d'abandonner Chambéry et ses Etats au-delà des Alpes, il transporta le Suaire de Chambéry à Turin ; l'occupation de cette ville par l'armée française paraissant imminente, Charles se réfugia à Verceil puis s'en vint à Nice.
La Duchesse Béatrix et son fils Emmanuel-Philibert s'étaient déjà installés chez nous. Il paraît que c'est alors que le Duc Charles III apporta le Saint Suaire à Nice. Les historiens et les quelques documents que nous avons consultés à ce propos, ne nous expliquent pas clairement si la relique sacrée a été apportée directement de Turin à Nice, ou si, avant d'arriver dans notre ville, elle fut transportée à Verceil. Il est bien certain qu'au printemps de l'année 1537, elle était renfermée dans le château de Nice. Gioffredo nous l'assure dans l'Histoire des Alpes Maritimes, au livre dix-neuvième, an 1538, colonne 1337.
Une autre interrogation se pose : Le Saint Suaire a-t-'il été exposé à Nice ?
Le chanoine Pierre Michel de Villarey, dans la série chronologique des évêques de Nice, lorsqu'il évoque Monseigneur Jérôme Arsago, nous apprend que : " il Vescovo ebbe la bella sorte insieme ad altri Vescovi di mostrare il SS Sudario alla presenza del Duca, delle Corte e di un numerosissimo concorso di popolo e di forestieri "
Jean-Baptiste Toselli, dans le Précis Historique de Nice, tome 1er, première partie, chapitre vingtième, nous dit d'abord à la page 21 que Charles III " envoya à Nice, pour plus de sûreté, les bijoux de la couronne, les contrats et les papiers les plus importants de ses archives, ainsi que la précieuse relique du Saint Suaire ; le tout fut enfermé dans la tour Bellanda " ; à la page 123, il ajoute : " Monseigneur Jérôme Arsago, voulant implorer par des prières la clémence du ciel sur tant de calamités, obtint du Duc la permission d'exposer en public la relique du Saint Suaire. Ce fut le 29 mars 1537, jour du Vendredi Saint, que cette exposition eut lieu à la vénération des fidèles , au haut de la tour Bellanda qui domine le rocher des Ponchettes et dont on voit encore aujourd'hui les restes d'une partie reconstruite. "
Le Guide des Etrangers à Nice, publié en 1826, écrit à la page 85 " C'est dans cette tour (Bellanda) que furent enfermés, pendant l'enfance d'Emmanuel-Philibert, les trésors de l'Etat, et c'est au haut de la même tour que, le Vendredi Saint 30 mars 1537, on exposa à la vue du peuple le Saint Suaire que l'on conserve à Turin, dans la chapelle de ce nom. "
C'est cette date qui, après vérification par l'astronome de l'observatoire de Nice, s'est révélée être exacte.
La présence du Saint Suaire au château de Nice est à l'origine d'un fait des plus piquants. Le Pape Paul III (Farnese) désirant amener François 1er et Charles Quint à conclure une paix durable pour l'Europe, obtint qu'un congrès entre ces deux princes eût lieu dans notre ville. Le Pape, par l'intermédiaire de l'empereur Charles Quint, fit demander au Duc Charles III de Savoie, qu'il lui cédât notre château pour y demeurer pendant son séjour à Nice.
Le Conseil du Duc repoussa la demande de l'Empereur et du Pape, au motif qu'il :
" ne peut bonnement remettre la forteresse à nul quel qu'il soit, premièrement pour le service de Dieu qu'est le Saint Suaire, que repose dedans, et qu'il a pleu à Dieu le faire tomber entre les mains de sa maison, et qu'il croit que le dict Reliquaire l'ait aidé à conserver ce qu'il voudroit tant qu'il plairoit à Dieu l'abandonner, ni s'en fier pour être tel Reliquaire à nul autre vivant tant qu'il plaira à Dieu. "
Après un séjour de plusieurs années à Nice, jusqu'en 1543, la Sainte Relique retourna à Chambéry, via Turin. Emmanuel-Philibert fils de Charles III devenu Duc de Savoie, amena à son tour le Saint Suaire à Turin pour le porter à la vénération de Saint Charles Boromée qui avait décidé un pèlerinage à pied de Milan vers la capitale savoisienne, voulant par là écourter le voyage de l'archevêque de cette ville. Depuis cette année 1578, le Saint Suaire est resté à Turin où fut spécialement construite, attenante à la Cathédrale, une chapelle vouée à sa conservation.
Les Chambériens pensent encore actuellement que la Sainte Relique leur appartient, mais cependant, nous pouvons voir dans ces faits une intervention de la Divine Providence. En effet, le comportement des armées révolutionnaires françaises , qui mirent le feu au palais ducal et détruisirent, à la masse, tous les bas-reliefs de la Sainte Chapelle, laisse imaginer quel funeste sort aurait été réservé au Linceul Sacré. Le fait de se trouver alors à Turin a, sans aucun doute, sauvé une fois de plus le Saint Suaire de la destruction. |